Charlotte 2.0

D’abord, j’ai cru qu’il plaisantait.

Et j’ai ri de bon coeur.
Mais quand j’ai vu son visage se figer, j’ai compris qu’il était sérieux.
La Terre s’est entr’ouverte sous mes pieds.
Le mot résonnait dans ma tête.

« vous êtes enceinte ». Enceinte… Enceinte ?!

Impossible. C’était tout simplement impossible.

Je suis allée aux Urgences parce que j’avais mal au ventre. Je vomissais sans discontinuer depuis le matin.
J’ai même pas su aller à l’école. J’avais pratique. Je me voyais pas faire des colos et vômir dans le bac à shampoing en même temps. Avec l’odeur de l’ammoniaque, j’aurais jamais tenu la matinée…
Mais ça devait passer. Ca ne pouvait pas être grave, hein.

Ils m’ont fait une prise de sang, m’ont assise et m’ont dit d’attendre là.
J’ai appelé Pierrot.
Pierrot, c’est mon copain. On est ensemble depuis 5 mois. C’est mon premier. Enfin, le premier avec qui… mais mes parents savent pas. Je prends la pilule en cachette.

Pierrot, il a séché les cours et il est venu me rejoindre.
Et le médecin, là, il m’a balancé l’info devant lui, comme si c’était normal. Comme si on en voulait un, de mouflet. Comme si on avait choisi de le faire. Putain, j’ai que 17 ans, moi !!!

Pierrot, ça l’a pas fait rire.
Il a compris tout de suite que le Docteur ne plaisantait pas.
Et il m’a regardée de travers.

Pourtant, de travers, j’ai rien fait ! Jamais mis un pied de travers moi !
Je me suis dit « ça y est, tu es la nouvelle Marie, 2014 ans après ».
Et je me suis demandée si un truc m’avait échappé, techniquement…

Pendant que je réfléchissais, le Docteur a tourné les talons et nous a plantés là avec la « bonne nouvelle ».

Pierrot, il m’a rien demandé. Il s’est levé, et il m’a dit : « je te demandais pas grand chose. Juste du respect. Si t’étais pas heureuse, fallait le dire. Si t’as trouvé mieux, fallait le dire. On aurait pu en parler. Je t’aurais même laissée partir. Je peux pas forcer à m’aimer, mais je veux pas te laisser m’humilier ».
Et avant que j’aie pu dire quoi que ce soit, il était sorti.

Alors, j’ai pleuré.
Fort.
Longtemps.
Toutes les larmes de mon corps.
Pendant des heures.
Au-delà du rideau, personne n’a moufté. Le ballet des blouses blanches a continué, comme si j’étais pas là. Comme si la mince toile de coton écru arrêtait le son de mes sanglots.
Jusqu’à ce qu’une jeune infirmière, une stagiaire, s’approche de moi, en me tendant un mouchoir.

Elle était belle. Fraîche. Douce. Avec un joli sourire.
Pas comme moi, qui venait de prendre 80 ans en dix minutes.

On a parlé.
Elle m’a posé des tas de questions.
Sans curiosité, juste pour essayer de comprendre, de m’aider à trouver des réponses, de savoir comment j’avais pu tomber enceinte alors qu’on se protégeait.
Elle restait impassible, le même sourire aux lèvres, jusqu’à ce que je lui dise que, trois mois avant, j’étais déjà venue dans cet hôpital, pour une appendicite.

Son sourire est parti d’un coup. Son regard est devenu vide, lointain. Il y a eu un silence.
Elle m’a demandé le nom de l’infirmier qui s’était occupé de moi.
Giovanni.
Je m’en souviens pcq c’était un peu ridicule, ce prénom italien, pour un type blond au teint de porcelaine, dont on aurait dit qu’il avait écrit « Suède» sur le front.
Mais c’est à peu près tout ce que j’avais retenu de lui. Timide, effacé, il parlait peu. Même s’il restait longtemps à mon chevet. A me regarder. A me tenir la main. Pour prendre le pouls, qu’il disait.
Parfois, je me réveillais et je le voyais, là, dans un coin de la pièce. Il me regardait.
Ca me faisait un peu flipper, en fait.

Je lui ai dit tout ça aussi, à l’infirmière. Elle a serré les dents et a murmuré « salaud ».
Elle a parlé à mi-voix, comme pour elle-même. Elle a dit que ça suffisait comme ça, que ça ne pouvait plus durer. Puis elle s’est tournée vers moi, brusquement, et m’a dit : « vous êtes la cinquième depuis 6 mois, à tomber enceinte alors que c’est normalement impossible ».

Et elle m’a tout raconté.
Comme par hasard, Giovanni était arrivé dans le service de gastro entérologie six mois auparavant.
Et s’il était discret avec les patients, il était plus entreprenant avec ses collègues. Il lui avait mis la main aux fesses, à mon infirmière, et pas qu’une fois, qu’elle m’a dit. Il lui a fait des propositions. Elle l’a surpris planqué dans les vestiaires dames, à mater ses collègues quand elles passaient ou ôtaient leur blouse blanche. Un taré.

Elle a fait tout ce qu’il fallait.
Elle a été courageuse, parce que quand on est stagiaire, faire des vagues, c’est jamais bien vu.
Mais le Directeur de l’hosto a été correct aussi. Puis de toute façon, avec toutes les plaintes, il n’a pas pu étouffer l’affaire et a bien dû collaborer.

Ils l’ont piégé. Pour le prendre… enfin, en pleine action quoi.
Il violait toutes les patientes qui passaient entre ses mains.
Durant leur sommeil. Ni vu ni connu. Avant que les effets de l’anesthésie ne s’estompent.
Aucun risque… du moins ne théorie : il avait les dossiers médicaux, il savait quels médocs on prenait… y compris la pilule.
Sauf que moi, j’ai été malade, après l’opération. J’ai vômi. Oui, je suis fragile, de ce côté-là.
Apparemment, les 4 autres filles aussi, elles avaient été malades…

Séducteur raté, amoureux frustré, homme toujours rejeté par les femmes de caractère qui l’entouraient et dont il s’éprenait, il se rattrapait avec des femmes endormies, enfin accessibles, soumises, à sa merci… Paraît que ça viendrait d’un problème avec sa mère. Une femme de caractère aussi. Mais ça, j’ai pas bien compris.

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