Passeur d’espoir ?!

On n’a pas tous les jours l’occasion de faire quelque chose de bien.

Alors, bon, dans l’absolu, on trouve que quand on peut le faire, il faut le faire.

Normal, quoi.

Dans le particulier, on trouve aussi que quand on peut le faire, il faut le faire.

Tout pareil.

Même si parfois, ça nous tombe dessus comme ça, paf, d’un coup..

On décroche le téléphone et on se retrouve face à une demande. On ne peut plus revenir en arrière dans les pages, comme dans ces « livres dont vous êtes le héros » qui ont nourri notre imaginaire adolescent : il faut accepter ou refuser, affronter ou se défiler, puisque « choisir de ne pas choisir, c’est encore faire un choix ».

Alors, on dit oui.

Parce que dans l’absolu, on a toujours été convaincu qu’il fallait le faire. Et que dans le particulier, on se dit que ça va bien aller.

Je note donc les coordonnées de la personne à contacter. Raccroche. Reprends le téléphone. Ca sonne dans le vide, assez longtemps.

Puis j’ai au bout du fil une toute petite voix, qui devient plus fine et chevrotante encore quand je me présente. Je sens confusément qu’elle non plus, elle n’est plus du tout sûre que c’est une bonne idée. Normal, elle aussi doit choisir et ne peut plus reculer.

C’est là que je me rends compte de la portée de mon intervention. Et que je ne sais plus si c’est vraiment une bonne idée. Trop tard. Elle accepte. On prend rendez-vous pour le lendemain. Je me replie dans le décor cosy et rassurant du sweethome et remercie les chats d’avoir compris que j’avais besoin de leur chaleureuse présence à mes côtés ce soir-là. Je regarde l’Asterix de Chabat en pliant des chaussettes pour faire genre j’ai même pas peur, avant d’essayer de dormir.

Le lendemain arrive déjà. Les matins tombent décidément de plus en plus tôt.

Et je me rends compte que j’ai oublié le post-it avec ses coordonnées sur mon bureau. Et de lui demander de se décrire, et que je ne lui ai pas davantage brossé mon portrait. Que je lui ai filé rancard à un truc à 2 étages sans préciser à quel niveau. Bravo.

Je me retrouve à attendre devant l’entrée, à regarder passer les gens comme pour un RDV pourri Meetic. La même boule au ventre parce qu’au fond on n’aime pas ça et qu’on serait mieux dans le canapé, avec ses chats et Dexter Morgan. La même envie de courir très vite, très loin. Le même sentiment de vide intersidéral dans le cerveau et de vacuité du geste Heureusement, il fait soleil.

Puis je me retourne, et vois 2 grands yeux bleus en point d’interrogation, qui me fixent. C’est elle.

Je lui dit : »C’est vous? C’est moi » et tente un sourire. Elle sourit aussi. Alea jacta est.

C’est là que je vois les deux têtes blondes qui jusque là se cachaient derrière elle. Des enfants… ça, c’est autre chose…! Puis elle me dit : « Je ne savais pas où vous seriez donc on est allé s’installer en haut ».

On… On ?!

Effectivement y’a tout un comité d’accueil. Elle, les enfants, la Maman et son conjoint.

J’ai l’impression de passer le grand oral. Je pose les fesses sur le bord de la chaise.

C’est silencieux comme un champ de bataille quand tout le monde est mort. Les points d’interrogation sont dans tous les yeux. Les têtes, toutes tournées vers moi. Je comprends bien qu’ils attendent quelque chose, que c’est moi qui doit prendre la main.

Je commence comme une interview, en bonne journaliste, puisque je ne sais rien faire d’autre.

Leur explique comment je vais procéder en introduisant en fait les premières questions. parce qu’au fond, ce sont eux qui doivent parler. Se raconter. Se dévoiler. Demander ce qu’ils sont venus chercher.

J’esquisse mon propre parcours. Et préviens d’emblée que je ne suis pas là pour décider à leur place. Que je ne me substituerai pas à eux. Que je ne le peux ni ne le veux. Que je suis juste venue apporter un témoignage, et éclairer certaines zones d’ombre.

Alors ils parlent. Beaucoup.

Ils en avaient besoin.

Je ne le sais que trop. On est bien seul, dans ces moments-là…

Elle a des enfants.. En veut encore. La situation est donc différente. Le vide que cela pourrait laisser si ça tournait mal serait plus problématique. puis y a le mari, que tout cela ne réjouit pas. Forcément. Elle, elle veut le faire.

La Maman s’est reconnue dans le portrait de Papa. Le silence, la dissimulation. La volonté de ne pas inquiéter. Le deni de la réalité, aussi. Elle n’est pas sûre de vouloir. Ne veut pas que sa fille souffre, ait des problèmes ensuite.

J’entre dans ces vies, dans ces souffrances, ces peurs de l’inconnu et du vide, cet énorme amour… C’est différent et si semblable… Je partage mes doutes et certitudes d’alors, la vision insupportable du fauteuil vide, ma conviction que la peur n’est pas une raison valable, le poids probable du remords ensuite, le changement radical de philosophie de vie et les moments partagés, les choses simples que l’on apprécie mieux quand on en connaît le prix. Je montre la cicatrice. Plaisante sur le regard des gens. Les faits et la façon dont on le prend, dont on choisit de le prendre. Que rien n’est insurmontable quand on a choisi de positiver.

Je me surprends donc à les influencer malgré moi et me mords la langue. Je m’étais promis de ne pas. Mais comment faire autrement quand on est impliqué à ce point, n’est-ce pas ?

Je recule un peu. La journaliste reprend le dessus et fait un résumé des points positifs et négatifs, des risques et des bonheurs. Répète que le choix leur appartient. Je sens que je rame.

On reste là, à deviser encore pendant un bon moment. Je leur laisse mon numéro pour qu’ils me tiennent au courant. Ca aussi, je m’étais promis de ne pas le faire. De rester en dehors, neutre, de n’intervenir que pour ce pour quoi on m’avait sonnée, au propre comme au figuré.

Mais voilà, je ne suis pas de bois. C’est ma croix, j’aime les gens. Le partage. Les élans de coeur. J’ai croisé cette famille sur son chemin de Compostelle et j’ai envie de connaître la fin de l’histoire. parce qu’ils ne sont plus tout à fait des étrangers. Et que leur regard, je ne pourrai plus l’oublier.

J’ai réussi bon an mal an, à rester stoïque, bienveillante, rassurante. Ca marche moins bien sur le trottoir, en regagnant la voiture. Les larmes ruissellent. D’empathie, mais aussi parce que le film de notre propre histoire me repasse devant les yeux…

Bref. Aujourd’hui, j’ai rencontré une dame qui va être donneuse vivante et sa famille.11133822_936743563044288_4522965593456085121_n

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