Point de rupture

DJ : tu ne dis rien? t’es bien calme… c’est pas ton habitude, de ne pas parler… (rire un peu contraint, genre pour briser la glace)

El… baisse à peine le bord du bouquin, ses lunettes de soleil : je lis… remonte le bouquin

Silence.

DJ, prend son smartphone, tapote. Vite, on voit qu’il sourit, prend un certain plaisir à ce qu’il fait.

El, se redresse, s’assied sur le bord du transat, pose son bouquin.
T’en a pas marre ?

DJ, innocemment : de quoi tu parles ?

El. : ok. Je repète. T’en n’as pas marre ?

DJ, relève les yeux, fait mine de ne pas comprendre.

El, pète un câble, monte le ton, se lève. Mais de ça, désignant le smartphone. De tout ça, de toute cette merde.
De toutes tes pouffes, là.

DJ : mais ma chérie voyons, calme-toi. On n’est qu’à quelques cm du bateau d’à côté, les voisins vont nous entendre…
Je… j’avoue que je ne comprends pas.
C’est vrai… il se redresse à son tour, s’assied sur le bord du transat, se prend la tête entre les mains, se frotte les mains, pose son menton dessus.
C’est vrai, j’ai mis un pied de travers. J’avoue, je le reconnais. Je ne t’ai d’ailleurs pas menti…
El, l’interrompt : pas menti ? pcq tu ne pouvais plus me mentir : je t’ai pris la main dans le sac ! Ou plutôt sous la jupe de cette… comment, déjà ? Ah oui : Mathurine. 20 ans de moins que toi ! Une pauvre gamine, sans expérience, sans trop d’instruction, qui essaie d’assurer le secrétariat de Papa dans son entreprise de bateaux… Mais non de dieu, à quoi pensais tu ???
Se reprend : heu non, ça va, ça va : pas la peine de me le dire : je vois TRES BIEN à quoi tu pensais…
DJ : je sais… pardon… c’était un faux pas… je ne le ferai plus…
El : un faux pas ? Mais c’est tout le GR20, oui ! 11.857 pas de travers, tout un chemin de randonnée vers l’enfer… vers MON enfer !!
DJ : chuuuuut… pense aux voisins… oui, je sais, mais tu sais bien qu’on traversait une mauvaise période… j’étais perdu… tu étais distante, comme absente, je me sentais abandonné… j’ai cherché de l’affection ailleurs…
El : mais ça va aller oui ??? Ca va être de ma faute, en plus ? A mon tour de marcher ? Je dois faire Compostelle, sur les genoux, en te demandant pardon d’avoir dû assumer toute seule le boulot de 2 personnes pcq on a viré ma collègue et qu’on ne l’a pas remplacée ?
Mais dis-moi… ça va être comme ça à chaque fois qu’on va rencontrer des problèmes dans notre vie? Parce que des problèmes, y’en a tout le temps hein : un toit qui fuit, une amende qu’on n’attendait pas et qu’on ne peut pas payer, un parent malade,… Autant me prévenir tout de suite : je vais être cocue à chaque fois, dis ???
Dj : mais non mon ange, je t’assure, calme-toi, les voisins vont nous entendre… tu sais, au fond cette période trouble a été bénéfique : j’ai compris à quel point je tenais à toi et…
El : ah ah ah ! tu vas me raconter que pendant que tu les caressais, tu pensais à moi ? quand tu les déshabillais, quand tu leur mordais les tétons et que… ooooh beurk, rien qu’à y penser j’en ai la nausée…
DJ : chuuuut chérie, je t’en conjure… les voisins… ne parle pas comme ça, je ne veux pas que tu aies cette image-là de moi…
El : cette image de toi, c’est toi-même qui me l’a donnée…!!
DJ : je sais. J’ai fait un faux pas. Mais ça n’a pas été bien loin. Le temps de me rendre compte que je m’égarais. Ces femmes ne comptaient pas, pour moi. Il n’y a que toi que j’aie jamais réellement aimée. Tu le sais.
El: paroles, paroles, paroles…
Elle rit.
Elle ôte ses lunettes, les pose. Se lève. Ramasse consciencieusement ses affaires, range le tout dans son sac, enfile son voile par-dessus son maillot. Et, sans un regard pour DJ:

Et bien tu sais quoi?
J’en ai assez.
Là, maintenant. Précisément au 4ème échange Viber avec ta dernière pouffe-qui-ne-compte-pas-Pcq-tu-n.aimes-que-moi mais que tu baises quand même.
Et tu sais quoi?
Je m’en vais.
Comme une princesse. Sans un mot plus haut que l’autre. Sans une larme. Et sans un regret.
Non que cela ne me fasse rien. Ooooh! Toutes tes saloperies avec des filles même pas belles – je ne dis pas pas jolies, je dis belles, j’insiste… Mais comprends-tu seulement la différence?- même pas intelligentes, même pas cultivées… Vulgaires, insipides, femmes tefales auxquelles, en effet, tu ne t’attaches pas… Des femmes bien aussi. Que tu ne respectes pas davantage.
Bref. Bien sur ça me heurte, me blesse.
Bien sur j’ai des hauts le cœur quand tu me touches, car je ne sais pas de quel lit tu sors… Je n’ai qu’une envie quand tu l’approches, c’est de te passer au Dettol!
Bien sur…

Mais ça ne compte plus.
J’ai une ambition aujourd’hui : t’oublier.
J’ai un objectif : essayer de ramasser ce qu’il reste de moi, de mon ego, de ma personnalité déchiquetées par tes fornications, ton mépris pour moi et ce manque total de considération, qui abîment bien davantage que tes coïts eux-mêmes.

Je te rends ta photo de toi. Intacte. Tu pourras la refourguer à la suivante.

Je souffre mais je ne t’en veux pas.
En franchissant la porte, je cesse de m’en faire, je cesse de me dévaloriser, je cesse de pleurer, je cesse de jalouser toutes ces femmes qui ont tes faveurs, je cesse de te haïr.
Je cesse de te prendre pour autre chose que ce que tu es.

Elle part.

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