J’aime pas les festivals

Chaque année c’est pareil, quand le soleil pointe le nez, les musiciens sortent et se regroupent en plein air pour jouer et chanter.
Et tous les ans, ça draine des milliers et des milliers de gens.
Dont on se demande bien ce qu’ils trouvent à ces grands rassemblements populaires.
Là, t’as signé pour Werchter, sans doute le plus important du pays.

Tu savais qu’il fallait pas y aller.

D’abord, y faut acheter ton ticket au moins 6 mois à l’avance, sans savoir si tu ne seras pas – bêtement – malade ou que tu ne te seras pas cassé la jambe le jour J.
Oui, comme pour tous les « grands concerts ». Sauf qu’ici, en plus, l’affiche est loin d’être complète et que tu ne sais qu’à moitié ce que t’achètes.
Et que, pour le coup, c’est pas toi mais bien le leader du groupe en tête d’affiche qui s’est cassé finalement la jambe…

Ensuite, y a le camping. Dès l’arrivée te vient à l’esprit ce splendide opus d’un grand compositeur du XXe siècle – Patrick Sébastien – : « qu’est-ce qu’on est serré, au fond de cetteuh boîteuh… ».
Tu parcours des km d’allées avec ton brol sur le dos avant de trouver un gigantesque espace vide… Ah oui: à côté des toilettes. T’opères un repli stratégique et, un peu plus loin, tu trouves une place correcte sous un arbre. T’es encore en train de monter la tente qu’une bande de muets – t’as pas entendu de bonjour – s’installe sur l’espace où tu pensais disposer la terrasse. C’est la vie. Tu commences quand même à fulminer quand une nana pose sa toile de tente sur ton pied alors que tu tires sur un étendeur pour aider ton acolyte. Et te promets intérieurement de lui mordre l’oreille si elle essaie de te planter une sardine dans le pied.

Dans le camping, l’enfer, c’est les autres.

Ceux qui font la fête jusqu’à 7h30 sur de la mauvaise electro dans le chapiteau tout proche et en ressortent en chantant – faux et à tue-tête. Pour un peu, tu leur offrirais l’aller simple pour Ibiza. Si c’est pour se saouler au mauvais alcool en se trémoussant sur de la mauvaise musique, autant qu’ils aillent ronfler sur la plage la journée et qu’ils laissent la pelouse werchterrienne aux vrais amateurs de rock…

L’enfer c’est aussi tous ceux qui prennent l’avion. Bien sûr ils ne se doutent de rien, mais les longs courriers commencent à te passer au-dessus de la tête peu ou prou quand le chapiteau coupe sa techno.

Enfin, c’est cette jeune fille venue s’encanailler sous une tente avec un – ou plusieurs, soyons créatifs – camarades et fait profiter tout le camping de son plaisir manifeste dans un parfait silence entre deux avions.

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Mais le camping ne serait pas ce qu’il est si l’on oubliait les Cathy cabines. Car si le festival a fait de gros efforts au niveau sanitaires, ça reste le lisier chimique dans les dortoirs. Un pur bonheur, par 28 degrés…

Puis, y a la plaine. Nickel à ton arrivée, elle devient vite un immense cloaque à déchets relatifs à ce qui se mange de plus gras et se boit de plus collant. Werchter est l’un des derniers villages gaulois à résister à l’écologie, aux gobelets réutilisables et aux poubelles disposées en suffisance. Alors au début tu fais gaffe, mais après 3 jours de marche, de danse et de station debout intensives, tu finis par céder et enfoncer ta robe hippie achetée 5€ en solde dans un improbable mélange de frites sauce samouraï/papier gras au Fanta. Et à t’en foutre. Royalement.

Non contente d’être recouverte de natures mortes, la plaine recèle aussi de tout un tas de choses vivantes plus ou moins animées. Plus ou moins imbibées. Si cette foule bigarrée compte nombre de gens rigolos et pétris de bonnes intentions musicales et festives, elle dissimule aussi son quota de boulets.

– Le groupe de jeunes qui se fend la gueule
À croire qu’ils ont avalé un hygiaphone quand ils étaient petits : ils sont incapables de parler à moins de leur volume maximal. Ils parlent : ils gueulent. Ils chantent : ils gueulent. Ils gueulent… ils gueulent. Et qu’est-ce qu’ils boivent ! Une vraie distillerie que leurs tentes. Donc, si par malheur ton chemin croise le leur lors d’un concert, t’as l’oreille arrachée, et si c’est tard dans la soirée, tu risques quelques gouttes d’urine sur la jambe parce que ça vidange où ça se trouve. Classe.
-La pétasse de festival
Non qu’elle soit très différente de la pétasse-tout-court : maquillée comme une voiture volée et les cheveux lissés au fer rouge, son rouge à lèvres et son eye-liner tiennent comme par miracle toute la journée alors que les tiens se sont fait la malle dans le quart d’heure à cause de la chaleur. Elle est là pour être vue bien davantage que pour voir. Elle arbore donc le mini-short en jeans frangé et aux poches qui dépassent par le bas de rigueur « parce que c’est un festival, quoi » sur des cuisses bancsolairisées à l’année, et un top qu’elle s’arrange pour avoir un minimum voyant : hyper coloré, pailleté, voire carrément en peau de boule à facettes. Mais plus encore, elle a un challenge : s’exhiber à la plaine entière, via les grands écrans. La pétasse de festival passe donc le plus clair de son temps sur les épaules de son faire-valoir masculin, celui-là même qui la porte, porte son sac, la supporte tout court, et à qui elle ne cesse de parler. Elle ne connaît rien ou si peu au groupe qui passe… elle s’en fout : elle hurle au début des 2-3 airs connus du grand public, t’en impose sa version en yaourt, ruinant d’un coup ton plaisir, et se barre en te bousculant dès qu’elle les a entendus pour aller reproduire le même schéma devant une autre scène.

– Les nouveaux narcissiques
Comme la pétasse de festival, les nouveaux narcissiques viennent davantage pour être vus que pour voir. Skotchés à leur smartphone, voire leur tablette qu’ils se coltinent sur la plaine – faut d’jà être motivé ! – ils sont là pour partager en temps réel tout ce qu’ils vivent avec leurs amis se trouvant ailleurs et autrement. Un statut au début de chaque concert pour annoncer l’artiste, une photo au milieu pour montrer et un statut à la fin pour donner ses premières impressions, c’est le minimum requis. Donc, s’ils font des photos, ce ne sont pas des clichés des artistes mais bien d’EUX devant la scène et les artistes. S’ils sont dans la fosse, ça n’est pas pour profiter au maximum du concert mais bien pour en filmer un maximum et balancer la vidéo sur youtube pendant les rappels. S’ils ramassent une branche d’arbre sur la plaine ça n’est pas pour pouvoir s’asseoir mais pour se fabriquer une perche à selfies maison.

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Eux aussi passent leur temps sur les épaules des copains, et quand ils y montent, ils se retournent systématiquement pour saluer les gens derrière eux (oui oui, les 20 qui, du coup, ne voient plus rien, mais aussi ceux qui sont bien plus loin), les bras en croix et un sourire belmondien aux lèvres, comme si c’étaient eux les stars. Ils s’équipent de pancartes à message, histoire d’occulter la vue à ceux de derrière qui auraient encore entraperçu quelque chose, et font tout ce qu’ils peuvent pour attirer l’attention des cameramen. Leur Werchter à eux, c’est un album photo et vidéo sur eux, avec accessoirement des chanteurs et musiciens en arrière plan.
Bref, t’as plus qu’à aller descendre tes 100 derniers euros au bar, en Jupiler allongée à la flotte, pour oublier.

Alors, pourquoi t’y vas encore, au festival ??? Hein ?

Parce que tu vois des grosses pointures dans un show fantastique, construit avec une débauche de moyens semblable à celle qu’ils mettent dans les stades où ils passent habituellement. Son nickel, habillage lumières magnifique, confettis, ballons, écrans géants aux images stylisées : tout y est pendant 4 jours, pour le prix d’un seul concert semblable. Muse, Lenny…
Parce que dans une telle foule – 88.000 personnes quand même – la communion est émotionnellement sans égale. Certes y’a des gens qui ne sont pas vraiment intéressés, mais là où tu te trouves – dans les fosses – t’es entouré de fans et de passionnés de musique. T’en vibres encore 3 jours plus tard.
Parce que tu peux aller fureter dans des concerts que tu ne serais pas allé voir s’il s’était agi de se déplacer juste pour tel ou tel artiste, montant ou confirmé. Et tu fais de jolies découvertes. Tove Lo, pleine d’énergie et de bonne volonté, qui penche vers le rock et dont on se demande si ses producteurs vont la laisser y aller ou la confiner dans une électro commerciale, Dead cab of cutie, sur lesquels tes tombée par hasard en allant voir autre chose et qui t’incite à creuser davantage, Christine and the Queens, qui, lancée par un single sympathique sans plus t’as rapidement gavée vu son nombre de passages sur antenne et qui se révèle en avoir drôlement sous le pied, Balthazar, groupe vaguement entendu sur les ondes et qui s’est montré très digne d’intérêt, Of Monsters and Men, qui se laisse écouter avec réel plaisir, Royal Blood, encore un peu dispersé mais dont le potentiel pousse à la porte et ne demande qu’à être canalisé pour donner le meilleur.
Parce que des artistes explosent littéralement sur scène : Selah Sue, absolument magnifique, Christine and the Queens, avec une vraie belle voix et un charisme manifeste, Florence and the Machines, une rousse digne de sa couleur, bourrée d’énergie et d’une générosité adorable.

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Parce que tu assistes, tu participes, à de magnifiques moments : Lenny que tu vois murmurer « I love you I love you I love you » de dos, pour lui-même (hormis la présence du cameraman qui a fait partager ça sur grand écran), Florence qui marche dans la foule et se fait porter par le public, Christine qui raconte la genèse de sa chanson-phare et qui revient offrir 2 chansons en rappel comme autant de cadeaux à une foule hyper positive, Les Faith no more qui s’excusent 3 fois d’être là à la place des Foofighters et en proposent une chouette reprise puis qui voient le public reprendre a capella tout le refrain de l’un de leurs hit en fin de prestation… Toutes ces perles qui font que, toujours, même au home où tu exigeras un billet de sortie, tu iras au concerts et dans les festivals…

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