L’annonce faite à Daddy

Prendre une décision, c’est bien.

Quand elle ne concerne pas que soi, ensuite, il faut en parler.

Et parfois, on sent bien que ça ne va pas être facile.

Ainsi en est-il quand on doit expliquer à son père que la seule solution qu’il reste à ce stade pour tenter de lui sauver la mise, c’est de lui filer 3/4 de son foie.

Je suis donc là, assise au bord de son lit d’hôpital, à lui raconter n’importe quoi, histoire d’entretenir la conversation et d’éviter le blanc, la lourdeur du silence, du « j’ai un truc à te dire mais je ne sais pas comment » . Histoire, aussi, de prendre le temps de réfléchir une dernière fois à la meilleure manière, comme si je n’avais pas déjà retourné le problème dans tous les sens, depuis 3 jours et 3 nuits que je sais.

Puis, évidemment, c’est lui qui met les pieds dans le plat, parce que c’est pas un imbécile, et qu’il perçoit bien le malaise.

Il m’invite à parler. Je lui expose le processus. Glissant genre mine de rien que c’est un bout de mon foie qu’on va ponctionner pour effectuer la greffe, hop hop hop, j’enchaîne sans respirer jusqu’à la case « arrivée » : « et ensuite, normalement, tu seras guéri. Voilààààààààà ! ». Et de lui offrir mon sourire le plus encourageant.

Il ne moufte pas.

Il me regarde, la bouche entr’ouverte. J’entends d’ici les rouages de son cerveau fonctionner et, à mesure que l’idée chemine, tous les warnings s’allumer.

Ca ne va pas passer…

Ca ne passe pas.

Il pleure.

Comme ça, d’un coup.

A torrents.

J’avais déjà bien vu mon père verser une larme – on est fort émotif, dans la famille – mais pas comme ça…

Il murmure – je crois qu’il n’arrive pas à parler plus haut – qu’il ne veut pas. Qu’il ne faut pas qu’on me touche. Qu’on ne peut pas me faire du mal. Pas pour lui.

C’est ce que je craignais. Une réaction logique de Papa. C’est lui qui protège et qui sauve, pas l’inverse. Et jamais au grand jamais c’est lui qui expose à la douleur.

Comme on met deux claques à une personne en crise de panique, je lui assène quelques évidences verbales claires pour couper court aux protestations. Ca n’est pas compliqué : point d’autre solution, les traitements précédents ont échoué et si l’on ne tente plus rien, l’issue ne peut être que fatale. Et toute proche.

Evidemment, il en est conscient. Mais argue qu’il ne peut concevoir de me faire encourir un risque. Je lui dis qu’objectivement, entre moi, 34 ans, 63 kg, en pleine forme, et lui… un peu l’inverse en fait… : 63 ans et 38 kg, celui des deux qui semble le meilleur candidat au décès lors de l’opération… ça n’est pas moi. Il sourit en coin.

J’essaie tant bien que mal de le rassurer, alors que je sais moi-même à peine où je mets les pieds. Lui dit qu’il est évident que l’opération ne nous est proposée que parce qu’elle a toutes les chances de réussir, qu’effectivement l’équipe médicale n’irait pas risquer la vie d’une personne encore jeune et parfaitement saine s’il y avait le moindre risque, qu’il faut faire confiance en la médecine.

On discutera longtemps.

Et Papa finira par accepter.

Il ne me restait plus qu’à informer le médecin pour qu’il prenne contact avec l’unité de soins bruxelloise spécialisée…

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