Un petit coin de paradis sous un coin de parapluie… ?

Et, donc, la journée a été rude.

Couchée trop tard et réveillée trop tôt, comme trop souvent.

Comme tu t’es habillée « casual » – vu que c’est ce qui t’était demandé – tu te sens mal, avec ton jean slim et tes ballerines plates. Parce que c’est la meilleure configuration vestimentaire pour faire saillir un postérieur et des cuisses qui ne le sont pas, eux, plats. Las, c’est aussi celle qui te permettra d’encore avoir des pieds qui puissent te porter durant ta soirée, dédiée aux concerts.

Comme la température est tombée sous 16 degrés, par dessus ta blouse estivale, t’as enfilé un sweat qui fait sombrer ton casual dans le pathétique équipement idéal pour faire ses courses au hard discount. Sauf que t’es avenue Louise.

Comme il pleut depuis le matin, t’as les cheveux en berne. Ton brushing n’est plus qu’un lointain souvenir. T’as la frange frisante, le dégradé crépu, le pointe rebelle.

Tu te tâtes : rentrer ou rester? Certes tu voudrais bien voir Moriarty, ce groupe formidable à l’univers vintage-kitch et à la chanteuse dont tu jalouses secrètement la voix depuis la 1e fois où elle a ouvert la bouche devant toi. Mais t’en as aussi plein les bottes : toi, tu te voyais bien tuer le temps libre allongée au parc royal. La météo en a décidé autrement. Et ton repli au cinéma s’avère être un échec : non seulement Amy n’est programmé qu’à 19h mais il n’y a en outre aucun film digne de ce nom à 17h. VDM.

T’es toute à tes réflexions bougonnes quand tu sors de la galerie, et qu’un type se  précipite vers toi en te proposant de t’abriter sous ton parapluie. T’as à peine l’occasion d’ouvrir la bouche pour lui faire remarquer que ton parapluie est plus grand que le sien qu’il est déjà à côté de toi.

Près. Tout près. Trop près.

Parce que toi, t’aimes pas ça, les gens tout près. Surtout ceux que tu connais pas. Ta bulle personnelle est grande. Ne franchit pas les cercles qui veut. Et surtout pas d’une traite. Arrière, manant. Nous n’avons pas été présentés.

Et voilà qu’il commet une seconde erreur. « Vous savez que vous êtes jolie? » Ton reflet dans la vitrine de la boutique derrière lui te crie le contraire. Le slim. Les ballerines. Le sweat. Les cheveux. Tu le hais. Pour sa lourdeur. Pour la banalité de son approche. Pour se faire le miroir (involontaire) de la réalité. C’est ton jour de chance : t’es (encore) tombée sur un champion du monde.

Tu te mords la langue pour éviter que ne sorte le fond de ta pensée parce qu’on t’a déjà reproché souvent ton manque de coopération avec la gent masculine inconnue qui essaie de copiner. Tu marmonnes un merci sans conviction et accélère le pas. Tu te félicites d’avoir mis ces ballerines, finalement : à talons, t’aurais jamais pu avoir une si belle accélération!

Mais évidemment, arrivée au bord du parvis, t’arrives pas à ouvrir ton parapluie et tu perds d’un coup l’avance que t’avais prise. Merde. L’autre est déjà à nouveau près. Tout près. Trop près. Et il t’abrite alors que t’es encore protégée par la galerie (pcq t’es quand même pas assez idiote pour faire tes efforts d’ouverture sous la pluie). Et comme si ça n’était pas encore suffisant, il se vante de t’être utile.

T’as qu’une envie : courir très vite, très loin.

Ton parapluie, ayant sans doute perçu ta détresse, accepte enfin de se déployer.

Tu t’envoles à l’assaut du mauvais temps. Mais l’autre lâche pas l’affaire. Il s’élance à ta poursuite en te demandant :  » je peux vous dire quelque chose? » T’arrives difficilement à réprimer le « NON! » qui te monte naturellement (a-t-on idée, aussi, de poser une question-perche pareille ?) qu’il enchaîne déjà « je peux vous accompagner un bout de chemin ? »

L’image d’un énorme boulet accroché à ta jambe se matérialise devant tes yeux ébahis par tant d’audace aussi inappropriée qu’évidemment veine. Tu retentes une accélération. L’autre a bondi et, t’emboîtant le pas en manquant de t’enfoncer dans l’oeil une baleine de son parapluie, il répète sa question (dès fois que si t’as pas répondu, c’est juste parce que t’es un peu sourde). Et là, tu craques. Tu te retournes sur lui et tu lui réponds doucement mais fermement : « ou pas ».

Il en reste sans voix (Sans blague ? Serait-ce la 1e fois qu’il se fait éconduire en se comportant de la sorte ???) et s’arrête net. T’en profites pour creuser l’écart. Tu l’entends vaguement parler encore dans ton dos, t’évites soigneusement de te retourner.

Il ne te suivra pas. Mais toi, tu feras tout le chemin en te demandant « pourquoi moi??? »

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s