Le cuir du délit

Et, donc, après une super chouette soirée dans le centre de la Capitale, tu prends les transports en commun pour rallier ta voiture, laissée chez des potes.
D’abord, tu te dis que c’est le chapeau. Forcément, y a que toi pour encore aimer ça – ok, toi et Mme de Fontenay – donc ça attire les regards.
Mais quand même. Ce type qui te regarde passer les yeux écarquillés et accélère pour taper sur l’épaule de son pote, qui se retourne sur toi à son tour, c’est un peu exagéré.
Toi qui n’as pourtant pas peur de grand chose, t’accélères le pas et, à la faveur d’une palissade, tu tombes le chapeau avant de réapparaître plus anonymement.
Tu pensais qu’à 40 balais si tu risquais encore l’agression, ça ne serait plus que pour ton sac… Mais ça ne te fait quand même pas plaisir…
T’arrives au pré-métro et y a un type sur le quai qui te regarde descendre l’escalier comme si t’étais Line Renaud à sa grande époque. Tu te dis que c’est le manteau en cuir, les bottes. C’est sexy, le cuir.
Comme y a aucune indication claire dans ce métro de merde et que le groupe d’autres gens présents sur le quai est espagnol, tu te vois contrainte de demander ta ligne au type qui se croit au Moulin rouge. En te dirigeant vers lui, t’as mal au ventre comme avant un examen tant ça te coûte de lui faire le plaisir d’un échange verbal. En plus, il sait pas.
Ton malaise augmente et tu te dis qu’en plus, maintenant, tout le monde a bien vu que t’étais perdue. Un oiseau pour le chat, aurait dit ton grand-père.
Tu te retrouves sur un autre quai, où un type te regarde passer bouche ouverte. Puis il te dépasse à son tour, prend l’escalator et je monte a l’envers pour mieux continuer à te regarder. Tu te sens l’âme d’un demi bœuf pendu à son crochet de boucherie.
Tu te dis que c’est le short. Tu pensais qu’avec le manteau, il ne se verrait pas, mais sans doute que si. Oh, pas un mini short moulant hein, un short mi long en jeans, large, avec des bas opaques 12.000 deniers pour cacher ton bon fessard de quadra. Mais quand même, ça doit être le short.
Parce que c’est forcément toi. C’est forcément de ta faute. S’il t’arrive des bricoles. Tu t’en veux de t’être habillée comme ça. Tu t’en veux d’avoir fait ta fashionista et d’avoir cédé à cette mode du short qui, au début, ne te plaisait pas plus que ça.
Et tu repenses à Chrissie Hynde, qui t’avait choquée, cette semaine, en affirmant dans les médias que si les filles se faisaient violer, c’était leur faute, celle de leurs vêtements ou de l’état dans lequel elle étaient en fin de soirée.
Ça t’a outrée et, pourtant, sur ce quai de métro, avec ton chapeau, ton short, ton manteau et tes bottes de cuir, t’en es à penser la même chose, pour toi-même.
A croire que les filles naissent avec le gène de la culpabilité.
Tu rentres en te jurant que tu ne mettras plus jamais ce combi short. Ni ce chapeau. Ni ce manteau et ses bottes ensemble.
Tu t’en veux. Et tu t’en veux de t’en vouloir par ce que ta raison sait que ça n’est pas ta faute, que t’as le droit de t’habiller comme tu le souhaites sans que Ca ne doive t’exposer a un risque. Mais ton cœur souffre de ce que tu as suscité, à ton corps défendant.
Ce gène de la culpabilité…

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