« On n’a pas deux fois l’occasion de faire une bonne première impression » – 1

Le réveil a retenti en pleine nuit : 5h45 du matin (ben quoi ?) et on s’est tous levé d’un bond. C’est le grand jour.

Celui du rendez-vous avec le Professeur.

Celui où l’on va décider si l’on opère ou pas.

Celui, donc, où l’on va savoir si Papa va mourir, ou pas.

Un silence pesant accompagne nos préparatifs. On s’affaire, on se fait beau : il s’agit de convaincre le Professeur qu’on vaut la peine de rester à trois.

Par le dossier médical, en premier, bien sûr. A la Clinique, on ne joue pas aux apprentis sorciers. Et ça sera d’autant moins le cas que ma vie sera engagée dans le processus elle aussi, une vie saine que l’on va exposer à un risque.

Mais aussi par l’expression de notre attachement les uns aux autres. Notre mine. Notre allure. Bref, le ramage et le plumage, tout sera bon pour décrocher le fromage.

On n’a aucune idée de ce à quoi il ressemble. Mais je peux me départir d’une vision de lui en toge romaine et couronne de lauriers, juché à la tribune d’honneur de l’arène où défilent en rang d’oignons les patients et leur famille, à tourner le pouce vers le haut ou vers le bas selon qu’il décide d’opérer ou non.

J’aime pas.

Tout ce pouvoir pour un seul homme.

Oui, un homme et son équipe. Mais bon, ça fait pas beaucoup de gens, quand même, pour une vie.

J’ai peur.

Je me demande ce qu’on fera s’il dit non. S’il referme la porte. S’il nous laisse dans l’antichambre de la mort…

On sirote chacun son café et on monte dans la voiture.

On installe Papa à l’arrière, avec des coussins pour qu’il ne bascule pas si je dois freiner brutalement. Et on part. Un aller simple vers l’inconnu.

Il fait froid, gris, le ciel est si bas qu’un canal s’est pendu et même la radio n’arrive pas à nous insuffler un peu de bonne humeur. La peur, ça paralyse.

Et ce ne sont pas les habituels cons-de-la-route qui vont améliorer notre état d’esprit. « Je suis transparente, connard, pour que tu déboites sous mon nez? » ; Le clignoteur, c’est en option ? » ; « Tu comptes passer la journée à 90km/h sur la bande du milieu? ». Je râle, je peste, j’éructe. Au moins, ça me défoule. Un peu.

Le pompon, on va le rencontrer au dernier feu rouge avant la Clinique : il lèche quasi ma voiture sur la gauche pour me faire une belle queue de poisson. J’ai déjà la main sur le klaxon quand j’aperçois le caducée à l’arrière. Le concert de protestations est parti… J’espère que je ne viens pas de ruiner l’humeur du Professeur…

Et si c’était lui, dans cette voiture mal élevée ?

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