Auto, hosto, dodo

Quand c’est avec Papa, le réveil sonne toujours tôt. Très tôt. Trop tôt.

Quelle gageure d’habiter au bout du pays !! Il faut se lever à 4h30 pour aller se jeter dans le trafic vers la capitale avec un réel espoir d’arriver à l’heure pour l’examen du jour.

Je vais donc dormir chez eux, dans ma chambre d’ado transformée en atelier de peinture, dès la veille. Ca fait bizarre. Je suis adulte et porte à bout de bras la maladie de mon père. Dans le même temps, j’ai une nouvelle conscience très forte d’être une enfant. L’enfant de. Schizophrénie en grand écart sur la ligne du temps.

Le laver, l’habiller, c’est tout un poème. Il est si faible… Et, à mesure que le temps passe, ses muscles s’atrophient. C’est à peine s’ils peuvent encore le porter.

Le mener à la voiture, l’installer… Pour éviter les chocs, je le cale à l’arrière avec des coussins géants. Il rit. Il est bien, assure-t-il, dans son petit nid. Il s’endormira vite, à bout de forces.

Je me demande comment il fait pour tenir. Comment on peut imposer ça à des malades dans son état, autant d’examens nécessitant un déplacement. Je repense au gastrologue qui avait souligné l’importance de l’existence d’une famille dans le processus de soins. En effet. Au niveau logistique, c’est déjà l’évidence. Seul, il ne pourrait déjà pas se rendre aux rendez-vous…

Il faut entre 1h30 et 3h pour rallier la Clinique universitaire. Devant, Maman et moi, on papote. Légèreté feinte pour camoufler l’angoisse omniprésente. Un peu de douceur dans ce monde de cellules mutantes, de scanners et de scalpels.

A l’arrivée, le rituel est toujours identique, aussi : s’arrêter à l’espace kiss and drive, tirer, pousser, extirper papa de la voiture. L’asseoir dans l’un des fauteuils roulants à disposition. Jouer à Arianne et tirer son fil jusqu’à l’endroit de l’examen puis en revenir sans – trop- se perdre.

Le remettre dans la voiture, replacer les coussins. Attendre qu’il s’endorme pour tirer des plans sur la comète médicale avec maman. Et prendre le chemin du retour. Epuisés, fourbus, comme si l’on avait passé la journée dans une salle de sport.

Puis, quelques jours plus tard, recommencer… recommencer…. Recommencer…

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