Donnez, qu’ils disaient… – 1

Les techniques ont beaucoup progressé, m’explique la coordinatrice. Autrefois, tant donneur que receveur perdaient beaucoup de sang durant l’opération.

Plus tard, l’on aura d’ailleurs l’occasion de voir une photo du Professeur, beaucoup plus jeune, pataugeant en bottes de caoutchouc dans une marre de sang. Heureusement, on a eu la délicatesse de nous préserver d’un langage iconique, trop explicite, pendant la durée de la préparation.

Une machine permet donc désormais de dévier le sang du foie et, normalement, on n’aura pas besoin de transfusion. Cependant, pour parer toute éventualité et au vu de la pénurie quasi constante de poches de sang, on va prélever directement à la source, sur moi, la quantité qu’il semble raisonnable de prévoir.

Je souris. Une partie de foie, du sang… J’ai encore deux reins : quelqu’un veut un rein ? Tant qu’on y est… J’ai l’impression d’être une armoire à stocker les réserves.

Soit. Prélevons, donc.

Pour moi, c’est une première. J’avoue ne jamais avoir fait mon devoir de citoyenne, n’avoir jamais pris la peine d’effectuer la démarche. J’entre donc dans l’aile de la Croix-Rouge avec une énorme envie de me trouver n’importe où ailleurs, mais pas là.

On m’installe sur un brancard, on me demande si je suis droitière, histoire de piquer dans l’autre bras que celui qui sert le plus. Je suis gauchère. On attaque donc le bras droit au garrot et au désinfectant. Un, deux… trois, hop, c’est fait. A la Croix-Rouge, ils ont l’habitude.

J’apprends néanmoins que j’ai « les veines qui roulent » et, apparemment, veine qui roule n’amasse pas sang, puisqu’on pique alors à côté. Super. J’ai aussi une tension relativement faible et dois pomper sur la balle en mousse comme un Shadok.

C’est plus long que je ne le pensais. Alors, le naturel revient au galop : je fais ma journaliste et pose plein de questions.

J’apprends que la vie d’une poche de sang est très courte – 3 mois – et qu’il faut donc des dons constants pour alimenter les réserves. Que les périodes de congés sont épouvantables car, absorbés par les préparatifs de départ puis leur voyage, les donneurs se font rares. Et qu’on peut aussi donner un tas d’autres trucs : plaquettes, plasma…

Je découvre les réalités du métier. Les tournées de récolte. Les relances des « abonnés », le désespoir quand le sang vient à manquer.

On rit, quand même. Ils ont un fameux sens du second degré, les gens de la Croix-Rouge ! Il le faut… pour garder le feu sacré et la distance.

Un dernier tour de balancier de machine où gise la poche, et c’est fini. On retire l’aiguille. J’ai même droit à une gaufre ! Et à des pilules de fer.

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