La porte !!!

Chaque matin, c’est pareil.

Un grand « bardaff » d’ouverture de porte, puis un « bonjooooooour » enjoué.

Mais moi, dès la deuxième fois, j’ai plus envie de rigoler.

Parce que j’ai compris que la journée commençait invariablement par la prise de sang.

Dans un réflexe pavlovien inversé, je me racrapote sous les couvertures. On me réclame mon bras.

Alors, bon : si les premiers jours, ça va, après, j’ai vraiment plus envie. A côté de moi, la plus grande junkie du monde aurait l’air d’avoir un creux de bras de bébé : pour mon infortune, mes veines roulent.

A croire qu’elles sentent l’aiguille se pointer et que, dès que celle-ci frôle la peau, hop, elles font une pirouette de côté.

Perso, je trouve ça moyennement drôle.

Les stagiaires aussi.

Oui, parce que celles qui piquent, ce sont les stagiaires. Faut bien qu’elles apprennent, n’est-ce-pas.

Donc, les stagiaires sont décontenancées ; l’infirmière maître de stage, énervée. Et moi, toute trouée.

Et ça n’est pas la seule épreuve de la journée.

Une fois lavée, je suis prête à recevoir la visite du corps médical.

Non, pas le Professeur et son assistante. Enfin, pas toujours. Et de toute façon, pas que. Plusieurs chirurgiens de l’équipe qui s’intéresseront à mon cas. Tous flanqués de 7 à 15 internes.

La porte s’ouvre donc une seconde fois en un grand « bardaff », et le « chirurgien du jour » entre avec son troupeau d’étudiants.

On me pose deux ou trois questions, sans doute par politesse, puis on parle de moi à la troisième personne, comme si je n’étais plus là. Et on m’exhibe tel un petit animal, en soulevant le drap plus bas que nécessaire pour montrer la cicatrice.

Oui, je sais : ils s’en fichent, ils ont l’habitude. Mais pas moi. Pardon, hein. Il y a dans la pièce sans doute autant d’hommes que j’ai eus d’amants de toute ma vie. Je double donc chaque matin le nombre de personnes m’ayant vue toute nue. Et je ne suis pas sûre d’aimer vraiment ça.

Evidemment je n’ose rien dire. Je développe juste certaines aptitudes à faire retomber le drap sur le bas de mon ventre en bougeant discrètement le bassin. Ca fait un peu mal mais ma dignité n’a pas de prix. Coincée dans ce lit et vêtue d’une simple blouse verte, fendue dans le dos et couvrant à peine le haut des cuisses quand elle est tendue, c’est à peu près tout ce qui me reste, la dignité. Je me sens atrocement vulnérable.

Même s’ils essaient de plaisanter en s’en allant, je n’ai pas le coeur à rire. Papa est toujours coincé aux soins intensifs, et je commence à m’inquiéter de son devenir. Trop faible au moment de l’opération, il peine à redémarrer.

Je n’ai que peu de temps pour me lamenter que, déjà, la porte s’ouvre en un troisième « bardafff » : c’est l’heure de l’échographie.

Mon lit et moi sommes descendus jusqu’à l’étage des examens. Aussi fréquentés que ceux de la salle d’op’, les couloirs sont remplis de lits et fauteuils roulants habités, en stand-by. On me parque parmi les autres jusqu’à ce que vienne mon tour.

Dans le box de l’écho, l’atmosphère est paisible. Ca fait du bien. Pour un peu, je m’endormirais… Le gel glacé qu’on m’applique sur le ventre m’éloigne brusquement de ce cotonneux désir.

Pendant l’examen, j’essaie de savoir si « ça repousse ». Mais on ne peut rien me dire, les images doivent être analysées par un médecin habilité. Bon. Ok.

Si j’ai de la chance, quand je regagne ma chambre, on n’a pas encore retiré le plateau du petit déj’ apporté durant mon absence et je peux enfin prendre une tasse de café et manger.

La vie de patient hospitalisé est dure. Heureusement, le personnel soignant est d’une infinie gentillesse. Y’a même quelques comiques, dans la bande. Quand je ris, ça tire… mais je m’en fous. Qu’est-ce que ça fait du bien !

Le déjeuner ne tarde pas à arriver, actionnant une nouvelle fois la porte et son désormais coutumier bardaff.

Je mange encore. De toute façon, je n’ai pas grand chose d’autre à faire. Et la chaleur sucrée de la nourriture a quelque chose de rassurant.

Boudinée par ces deux repas consécutifs, je m’offrirais volontiers le luxe d’une sieste. Ca n’arrivera pas : c’est l’heure des visites. Ma blouse verte, mon teint blafard, mon épuisement et moi sursautons quand même au « bardaff » de la porte et accueillons les visiteurs du mieux que nous pouvons, tout en espérant secrètement qu’ils ne s’attardent pas. Je sais : c’est moche. Mais ça n’est pas personnel : c’est comme ça. Lié au contexte.

Les visiteurs partis, j’allume la TV, histoire de voir s’il ne passe pas un Derrick quelque part, pour accompagner mon petit somme. Durant mon zapping, nouveau « bardaff » : c’est l’heure du thé.

De 17 à 19h, je suis relativement tranquille. Hormis le « bardaff » lié au repas du soir. Moment d’apaisement, de félicité. Un dernier « bardaff » pour les médocs du soir et je peux commencer à compter les baignoires de mousse  – comme autant de saints Graals – pour m’endormir.

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