Lève-toi et marche

Mes trois jours oniriques chez Willy Wonka, à faire des cumulets dans l’herbe bleue avec les oompas loompas et à m’abreuver aux fontaines de chocolat, au fond de moi, je savais bien que ça ne pouvait pas durer toute la vie.

De fait : ça s’arrête brutalement avec cette lubie soudaine du corps médical de vouloir absolument que je me lève.

Bon, sur le coup, je ne discute pas : vrai que je commence à m’ennuyer, au travers de mes lymphes morphiques, clouée que je suis dans mon lit à barreaux. Ce petit séjour en all in avec vue sur le parking serait plus agréable s’il s’y ajoutait un forfait randonnée-dans-le-couloir…

J’entreprends donc de me redresser.

Déjà, c’est pas facile.

Ouverte que je suis sur 30cm, inutile de compter sur mes abdos pour soulever ma carcasse. J’essaie donc d’appliquer du mieux que je peux la technique promue par la kiné : se positionner sur le côté, prendre appui sur l’épaule et l’avant-bras… J’ai l’impression de réapprendre à conduire une voiture.

Me voilà assise sur le bord du lit, dont on a ôté les barreaux. Libre. Je suis libre !

Enfin ça, c’était compter sans ma prison psychotropique…

Parce qu’alors que je m’élance gaillardement vers la salle-de-bains, je sens mes genoux se dérober sous moi et mon ventre me remonter jusqu’aux amygdales.

Je m’entends murmurer « je pense que je vais me rasseoir » avant de m’écraser lamentablement le popotin sur le matelas.

Finalement, je ne vais pas le prendre, le forfait randonnée… Je vais rester là. Ca va aller. Si, si.

Mais les G.O. en blouse blanche insistent : il faut que je me lève, que je bouge, que je marche.

C’est pas « le bonheur si je veux ? » Bon, bon, on va réessayer.

Je me concentre, je me contracte, je tente de bondir pour entraîner le mécanisme et arrive à faire quelques pas… avant de brasser l’air à la recherche de mains amies pour me rattraper.

Caramba, encore raté.

Les G.O. me disent que c’est normal : c’est la morphine.  Chez certaines personnes, ça entraîne vertiges et nausées. C’est mon cas : il va donc falloir débrancher la pompe.

Je blémis à la perspective de sentir se réveiller la douleur dans mes entrailles, se déployer, croître, m’envahir… et me clouer au lit aussi sûrement que la morphine, les oompas loompas en moins.

Je ne suis pas sûre d’avoir envie…

Les G.O. m’annoncent que je vais pouvoir compenser par des Dafalgans. Trois par jours. C’est censé me rassurer, ça ? Je ris : autant sucer des Mentos…

Une fois débranchée, il est vrai que j’arrive à marcher un peu. Les effets secondaires dus à la morphine ont disparu et je n’ai pas si mal que ça. Au final, ce qui m’a fait le plus peur… c’est ma tête dans le miroir de la salle-de-bains !

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