Veine qui roule amasse la mousse

« Bardaff ». La porte s’ouvre en même temps que le soleil darde ses premiers rayons dans la chambre et me dévoile la stagiaire piqueuse du jour.

L’air sympa et dynamique.

L’infirmière responsable, mon avant-bras en main, s’excuse. Ca ne doit pas être facile pour moi, de me voir retirer du sang à tout bout de champ. Ni d’avoir, entre perfusions, drains et autre injections, des trous partout. Et encore moins d’avoir à supporter le défilé de stagiaires et d’éprouver leur don inégal pour l’art de la piqûre. Surtout avec ces veines qui roulent…

Certes.

Force m’est cependant de constater que, si ça peut faire mal sur le coup, ça n’est ça qui me pèse le plus au fil des heures. Non. Ce qui me gêne vraiment, c’est le nid de cigognes que j’ai sur la tête, subtil mélange composé de mes cheveux gras de transpiration et collants de l’iso-bétadine dans lesquels on les a noyés avant l’opération afin d’éradiquer tout risque d’infection bactérienne. Ca tire. Ca gratte. Ca accentue encore le reflet jaunasse de mon teint. Et me donne une envie frénétique de me les arracher par poignées.

Me vient alors une idée… Je prend mon plus bel air de Droopy et corrobore ses propos. J’en remets même une couche, histoire de faire grimper son taux de compassion au maximum. Puis je lui propose un marché : j’accepte que la stagiaire exécute ma prise de sang quotidienne mais, en échange, elle reste auprès de moi une demi heure et m’aide à me laver les cheveux.

Marché conclu !

Je ne sens même pas l’aiguille farfouiller de sous ma peau en quête d’une veine plus coopérative que les autres. Je ne suis déjà plus que mousse et boucles aériennes.

Elle m’installe précautionneusement près du lavabo et l’on étudie un compromis rentable entre accessibilité au robinet et contorsions autorisées par ma plaie encore fragile. L’eau tiède ruisselle bientôt sur mon crâne et le long de mes tempes. Je souris béatement. Rien ne fait plus de bien que ce dont on a été privé.

Fraîche et propre, la tête légère, enfin… j’ai sombré dans un sommeil profond deux bonnes heures durant, le visage flottant dans un doux parfum d’aloe vera.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s