Livraison à domicile

A part la télé et les petites excursions que je peux désormais m’octroyer, je n’ai pas grand divertissements, dans ma chambre avec vue.

Oui, bon : vue sur le parking.

Je me surprends parfois à regarder bêtement en bas. A observer d’en haut le balai bigarré des voitures.

C’est fou ce qu’on apprend sur les gens, de par leur véhicule.

De la ressemblance entre le propriétaire et son carrosse, aussi sûre qu’entre un maître et son chien. Mais bon, ça, on peut le voir partout.

Du fait que 70% de la population au moins a le créneau approximatif. L’impatience, grande. Et le civisme, court.

De leurs habitudes en termes de visites, aussi. Et de cette idée fausse qu’on a, sur les weekend en famille avec son conjoint/parent/enfant malade. Le weekend, les gens ont autre chose à foutre. Le parking est désert. Surtout le dimanche matin. Dommage : ç’aurait sûrement fait plaisir à plein de patients, des croissants frais…

Donc, quand j’ai vu se pointer l’hélico sur les signes cabalistiques dessinés au sol, je me suis dit que ça me ferait la journée.

Je n’ai pas été déçue.

Tandis que l’hélico se pose et que je m’attends à voir en sortir un brancard et une personne emballée dans une couverture en aluminium, comme sur les plages atlantiques ou dans les films, il n’en sort… qu’un frigo box.

Croyant l’attraction du jour terminée, je me détourne de la fenêtre pour voir s’il se passe quelque chose dans le couloir.

Quelle n’est pas ma surprise de voir passer, quasi sur mes pieds, le frigo box et son porteur !

Je ne veux même pas penser que… mais je n’ai nul besoin de solliciter mon imagination : un papier skotché en travers du couvercle indique explicitement « human organ ».

J’apprendrai de la bouche de la coordinatrice que les organes des donneurs ne sont pas stockés près des salles d’op’ : elles sont polyvalentes. Une pièce leur est dédiée à l’étage.

Je vis donc depuis quelques jours à moins de 20m de morceaux humains… beurk ! Certes, ils ne restent pas longtemps : chaque minute compte dans la course contre la nécrose. Mais quand même…

J’ai un pincement au foie. Réagit-il à la présence de congénères ? Ou est-ce purement psychologique ?

Je passe la soirée à inventer malgré moi mille vies à l’organe croisé et à son ancien propriétaire…

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