Pointé du doigt

Déjà le premier jour, au réveil, au lieu de donner de mes nouvelles, j’avais fait des blagues téléphoniques aux copines.

Moi le ventre ouvert, ça reste moi !

Donc, là, une bonne semaine après l’opération, délestée de mes drains et autres tuyauteries, sevrée de la morphine, les cheveux shampouinés de frais et habillée normalement – si l’on ferme les yeux sur les pantalons élastiqués à taille bien large dissimulés sous des tuniques – j’ai retrouvé toutes mes capacités humoristico-cognitives.

Et l’idée de m’octroyer une pause-plaisir à l’excellent petit resto du rez-de-chaussée, en agréable compagnie, me met encore dans de meilleures dispositions zygomatiques.

Ca ne fait pas cinq minutes qu’on est attablé qu’on lâche déjà les premières vannes. Il faut dire que de cette amie précieuse et de moi, y’en n’a pas une pour rattraper l’autre.

Comme elle est aussi ma collègue, elle ne tarde pas à me raconter les petites et grandes histoires de l’Usine.

A son étage, le grand sujet du moment, c’est la pointeuse. L’on parle en effet de remplacer l’outil actuel, à carte magnétique, par un appareil digital.

A cause des tricheries.

Parce que les premiers arrivés pointaient pour les copains. En espaçant les passages pour faire plus naturel. En poussant même parfois le vice jusqu’à faire fonctionner l’ascenseur afin qu’il sonne son arrivée, donnant ainsi plus de crédibilité au bip qui suivait.

Nous voilà donc rapidement amenées à nous demander comment cela pourrait perdurer avec le nouveau système. Et d’imaginer successivement les premiers arrivés au bureau, soit munis d’un trousseau de doigts en silicone façon porte-clé de Passeparout dans Fort Boyard, soit flanqués d’une valise pleine de doigts dans des bocaux de formol.

De sourires en éclats de rire, les larmes nous viennent. On se tord, on n’en peut plus.

Les tables d’à côté non plus : plusieurs personnes, qui mangeaient seules, rient à présent autant que nous, par contagion.

Certains se mettent même à nous parler, pour savoir ce qui nous amuse tellement…

On n’a jamais osé l’expliquer. Mais bref : ce soir-là, on s’est fait des copains. Le rire, ça rapproche.

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