Quand t’écris trop bon avec un C

Je profite avec délice des dernières minutes de silence avant que ne commence la journée, quand l’infirmière vient me parler. Gênée. Elle reste d’ailleurs à distance respectable, dans le premier tiers de la pièce, comme si elle craignait que je ne la morde.

L’hôpital est surpeuplé. Il ne reste pas une chambre à l’étage. Or une dame vient d’être admise en urgence : elle a un souci au rein, il faut lui faire une biopsie. C’est l’affaire d’une journée. Là, elle est dans le couloir. Et, comme je suis seule dans une chambre double, qu’il est certain que Papa ne sortira pas des soins intensifs avant encore quelques semaines, elle se demandait si…

Mais oui, bien sûr ! Comme si j’étais le genre à laisser souffrir quelqu’un dans des conditions indignes.

On installe donc la dame à côté de moi.

Son mari l’accompagne. Ils discutent. C’est à peine si j’ai un bonjour.

La Doctoresse ne tarde pas à arriver. Je n’ai jamais eu affaire à elle. Chacun sa spécialité. Elle, c’est le rein.

A sa façon de tirer la tenture entre les deux lits, je comprends d’emblée que c’est une maîtresse-femme. Ce que confirme le ton avec lequel elle s’adresse à moi. Elle doit pratiquer une biopsie, là. Et, malgré le fait qu’elle ait occulté ma vue sur l’autre partie de la chambre, qu’elle ait brusquement reculé mon lit et mon fauteuil, elle manque d’aisance. Bref : je dérange.

Dans ma propre chambre.

Je commence à regretter mon geste altruiste.

Econduite et condamnée à errer un bon moment dans le couloir, je me réfugie dans la salle polyvalente, tout au fond. Comme une courge, dans ma précipitation, j’ai oublié de prendre mon bouquin.

Donc je m’ennuie sec. Le quart d’heure évoqué dure en fait une bonne heure.

Mais moi, je suis restée apatride deux bonnes heures.

Parce que personne n’a eu la délicatesse de venir m’avertir que je pouvais réintégrer mon nid.

Quand je me décide à aller aux nouvelles, la porte de la chambre est béante. La Doctoresse, envolée. Mon fauteuil, viré de la pièce.

Ce qui me force à le rentrer alors que je n’ai pas le droit de soulever du lourd.

Charmant !

Si la Doctoresse a quitté la chambre, celui qui est toujours là, par contre, c’est le mari. Qui ne bouge pas le petit doigt pour m’aider à rentrer mon fauteuil.

Il parle. Parle. Parle. Parle… me saoulant plus sûrement qu’un triple picon bière. Et s’est approprié la télécommande. Qu’il refuse de me passer quand je la lui réclame.

Je fulmine. J’ai accepté la dame. On ne m’a jamais dit qu’il fallait que je prenne le mari aussi. Je vais réclamer un supplément !

Il restera encore 5h. Jusqu’à ce que sa femme reçoive son autorisation de sortie, en fait.

Puis l’infirmière vient me présenter ses excuses pour le dérangement. Je râle sec et fais part de toute l’intensité de mon ressenti durant cette journée de cohabitation forcée.

Elle ne sait plus où se mettre. Je crois que je l’ai effectivement mordue…

J’ai un peu honte car elle n’y est pour rien, elle n’a fait que suivre les consignes et essayé que les choses se passent le mieux possible. C’était elle qui était là à ce moment-là. Pas de chance.

Et moi, j’ai décidé qu’à partir de ce jour, je ne laisserai plus personne me marcher ne fut-ce que sur le bout de l’orteil. J’aspire à la sérénité. Je ne veux plus être bousculée et ne l’accepterai plus en silence.

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