Toutes mes confuses

Le soir tombe déjà quand j’entre dans la pièce.

C’est étrange, d’être visiteuse dans la chambre que l’on a occupée, où l’on s’est régénéré, après l’opération. Finalement, on ne nous avait pas menti : on aura bien été dans la même chambre… à trois mois d’intervalle.

Il est là, il sourit. Il sourit tout le temps, depuis son réveil.

Je crois qu’il s’émerveille à chaque instant d’être encore en vie.

On papote. Des banalités. Mais chaque mot échangé vaut plus que tout l’or du monde.

Je le regarde.

Il a un bout de foie à moi dans le thorax.

C’est bizarre, d’imaginer un morceau de moi qui palpite en lui.

Oui, qui palpite : c’est un peu de foie mais c’est surtout beaucoup de mon coeur.

Je me demande ce que ça lui fait, à lui…

Il a déjà soupé. Ici, on mange à 17h30. Comme si la nourriture s’oxydait dès la disparition du soleil.

Histoire de vérifier si les effets post-traumatiques s’estompent, je le questionne sur le jour et l’heure.

« On est mardi ».

C’est juste. Mais les infirmières le disent chaque matin.

« De l’an 2000 ».

Ca se gâte.

Je lui dit : « non, plus ».

« 2004? »

Raté. Essaie encore…

Je le laisse jouer un peu aux devinettes puis lui énonce la date du jour.

Il n’en revient pas. « C’est fou ce que le temps passe vite! » On rit.

On l’a déjà couché. Il ne sait pas encore bouger beaucoup. Les muscles atrophiés par des mois d’immobilité, une balafre à travers le ventre, il doit être prudent.

Avant de le laisser se reposer, je lui demande donc si je peux encore faire quelque chose pour lui.

Rapprocher la desserte, positionner judicieusement son livre, ses lunettes, la télécommande de la télé…

« Ferme les tentures ».

Ok, pas de problème.

« Fixe bien les oeillets ».

Là, je vois déjà moins clairement…

« Pour ne pas que les voleurs entrent ».

Aïe…

« Comme dans le bateau de Tonton. Les voleurs. S’il ne ferme pas bien la bâche, les voleurs vont entrer, piquer l’essence et même peut-être le moteur ».

Bien sûûûûr….

J’occulte la fenêtre du mieux que je peux, genre hermétiquement, en espérant que ça passe.

En effet, il s’apaise.

Puis-je encore l’aider pour autre chose ? Je lui demande s’il veut que je lui avance l’un ou l’autre objet.

« Passe-moi mon sabre ».

Je suppute que la partie va encore être longue…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s