wet look

Ce qu’il y a de plus perturbant, quand on part à l’autre bout du monde, c’est pas tant le choc spatial que le choc temporel. Météorologique, s’entend. Il fait chaud.

Oué, ça paraît bête, comme ça, genre évident. Mais ça change la vie, le climat tropical, quand on a l’habitude de 15 degrés constants en Belgique. Surtout après 2h de marche. Oh, pas intense, la marche. Avec cette chaleur, la marche rapide devient d’ailleurs relativement vite un vieux souvenir .

Une marche de femme. 3 pas en avant, arrêt, 2 pas en arrière, nouvel arrêt, remarche avant, bras tendu,… : oui, c’est ça, le shopping.

Là, donc, tu es au stade où tu as marché jusqu’aux commerces et risqué une bonne trentaine de fois la vie de tes bronches en entrant-sortant des boutiques climatisées. T’as vidé 2 bouteilles d’eau à moitié chaudes, payé à prix d’or 2 noix de coco avec paille que t’as sifflées en 4 secondes, tu vois passer des piscines devant tes yeux comme d’autres les oasis en plein désert.

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T’as perdu toute dignité capillaire, tu frises, de boucles crépues qui te collent au crane sans le moindre volume. T’es fanée comme une fleur de la semaine précédente. Et t’as toujours rien. Parce que les asiatiques et toi, c’est pas le même gabarit. Tu désespères de posséder un jour l’une de ces si jolies tuniques traditionnelles que tu n’arrives pas à fermer même en double XL.

Quand tu pénètres par hasard chez un tailleur. Là, on te propose du sur mesure pour tes hanches et ton fessard d’occidentale trop dodue avec le sourire. Pour un peu, tu te détournerais de l’alternative Weight watchers/suicide que tu commençais à considérer vraiment sérieusement trois minutes auparavant.

Les vendeuses commencent à prendre tes mesures. Nan, pas parce qu’elles doivent s’y mettre à 2 pour faire le tour, oh, ça a hein ! parce que l’une mesure pendant que l’autre note. Et de s’agiter en piaillant autour de toi. Qui n’oses pas lever les bras. Qui viens de te rendre compte que t’as des bandes humides sur le top, au niveau des seins et de la taille. Ah oui, pcq la taille de ta jupe est complètement trempée et que le top, par dessus, commence à morfler. Tu bredouilles une excuse en anglais primal et tentes d’expliquer que tu reviendras plus tard (après une douche). Les filles ne veulent pas. Elles te disent « vous avez chaud, hein? » en regardant les taches et tu acquiesces bêtement en psalmodiant « kill me please ».

Et de t’expliquer qu’elles aussi, elles ont chaud, que la mousson est en retard, cette année.

Tu recolles ton top dans l »humidité de la ceinture de ta jupe et te confonds une dernière fois en excuses, ta mesureuse te répond que tu peux passer chercher ta commande le lendemain. Elle et sa collègue sourient toujours. Pour un peu, tu voudrais aussi les ramener en Belgique, ces filles aimables. Ca ferait un bien fou, dans certains commerces, de les avoir ! Tu rentres à l’hôtel ventre à terre, passes 10 minutes sous l’eau froide et effectue une lessive en règle dans le lavabo. C’est qui est perturbant, quand on part à l’autre bout du monde, c’est que le linge mis à sécher ne sèche pas. Et que ça, tu l’avais oublié…

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Les petits matins

Ils sont comme ça, ici, les petits matins.
Solitaires.
Avant le petit déj’, personne ne monte sur le pont. Ça dort ferme.
Pourtant, c’est le meilleur moment, le lever du soleil. Il pare les berges d’une douce lueur voilée.
C’est beau.image

Au loin, des bateaux de pêche glissent déjà le long du fleuve. Travailler, vite, vite, avant que la chaleur ne plombe les épaules et ne fasse redescendre les poissons tout au fond.

Ils sont comme ça, ici, les petits matins.
Studieux.
L’on en profite pour lire, tout ce qu’on a thésaurisé toute l’année durant.
L’on en profite pour écrire. Ses impressions tant qu’elles sont fraîches, les couleurs, les odeurs, les goûts, les visages. Et quelques vieilles histoires que l’on a commencées et jamais finies.

Ils sont comme ça, ici, les petits matins.
Sensuels.
On laisse le vent, frais encore, nous emmêler les cheveux. Le soleil, doux encore, nous caresser la peau. L’on se rappelle qu’on a un corps. Cette chose qui nous porte d’un bout à l’autre de l’année, vers les vacances suivantes, et que l’on malmène à force de le solliciter sans prendre le temps de le remercier.

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Ils sont comme ça, ici, les petits matins.
Calmes.
Faits de ces plaisirs simples sur lesquels, enfin, on a le loisir de s’attarder.
J’aime ces petits matins sur le Mékong…

Le couteau sous la bourse

Les langues étrangères, c’est comme nager. Quand on te balance au milieu de la piscine, ça revient tout seul.

Donc, quand le serveur emmène le petit carnet avec tes sous dedans, puis qu’il revient en disant que le 3ème billet n’est pas un de 100.000 vnd mais de 10.000 vnd, tu retrouves subitement des tas de mots que tu ignorais même avoir appris, pour construire un argumentaire en 3 volets :
1) il s’agit de 3 billets identiques, si l’un d’eux avait été différent, tu l’aurais remarqué
2) certes tu ne maîtrises pas la monnaie locale, mais différencier le vert du rouge, ça, tu peux
3) t’es pas blonde, quoi (mais ça, t’es pas bien sûre qu’il ait compris).

Pour un peu, tu serais fière. Sauf que la situation t’emmerde au plus haut pont. Toi, tu voulais juste passer une belle soirée.

Or, évidemment, ça ne va pas être si simple, t’auras d’abord affaire à la chef de salle, puis au patron.

Tout ça pour 5€, en fait. Pourboire que t’aurais pu laisser, en d’autres circonstances. Sauf que là, il ne s’agit pas d’argent mais de principe.
T’aimes pas trop te faire entuber, avec ta tronche de long nez. Parce que ouais, c’est comme ça qu’ils appellent les Occidentaux.

Au demeurant, peut-on leur en vouloir d’essayer? La plupart des gens cumulent 2 voire 3 boulots pour pouvoir s’en sortir.

@mesphotosdefee

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T’apprendras que si les bidonvilles reculent, les nouveaux apparts, propres mais minuscules (65 à 85m2) coûtent cher et qu’une fois le loyer payé, il ne reste quasi rien pour manger.
Que le salaire de base est très bas et que les travailleurs liés au tourisme vivent de bakchichs. Ce qui te sera très vite confirmé hors ville, où les gens réclament leur pourboire de manière ostentatoire et te balancent ton billet et la face quand ils trouvent que c’est pas assez…

Quelle est la bonne attitude? Se laisser déplumer soft parce qu’au fond on ça y perdre 50 à 100€ sur un voyage, et qu’ils en ont certainement davantage besoin que nous, entretenant aussi l’idée que le touriste est un pigeon dodu? Ou tenir bon un tarif raisonnable et esquiver les arnaques, en devant batailler alors qu’on est en vacances et qu’on est là pour prendre du plaisir?

Triste constat en tous les cas, que de devoir admettre qu’on représente impersonnellement un fonctionnement sociétal et une différenciation de castes que l’on ne cautionne pas…

S(av)onnette

Ce matin, tu prends la tangente. Le large. Les chemins de traverse.
Ce matin, tu brosses, comme à l’école.
Ce matin, tu ne pars pas en excursion.

Ce matin, ta première grande décision: tu récupères. Nada, walou, que dalle, tu fais. Grasse mat´.

Tu dors à poings fermés, la bave au coin des lèvres, quand le driiiiing strident d’une sonnette retentit de dieu sait où.
Tu fais le mort. Ça peut pas être ça. Ça peut pas être pour toi.

Ça re-sonne.
Putain.
Fais chier, quoi.
Tu bouges pas.

Ça re-re-sonne.
Cette fois, plus moyen d’esquiver. En plus, ça frappe. Y a bien quelqu’un à ta porte.

Tu te lèves péniblement et rampe jusqu’à la clenche. Tu mets au moins 3 minutes.

T’ouvres la porte et grommelle un « ouiiii?! » en mode zombie. C’est le service de chambre.

Elles sont 2, t’as mis un temps dingue à ouvrir et elles ne sont pas rentrées… Dominique: t’es un menteur…!

Droit de mémoire

T’as bien essayé de le contourner.

Parce que tu savais qu’en bonne éponge à émotions, ça te retournerait.

Déjà qu’à Strudhof t’avais été frappée d’emblée par le silence et l’absence totale de chants d’oiseaux…

Ici, t’es pas sur site, c’est un musée. Ca devrait aller, non ?

Ben non.

Sur trois étages s’étalent, impudiques, atroces,des photos on ne peut plus explicites sur la guerre et ses atrocités. La vie sous les bombes américaines, les mille et une façons de l’ôter, cette vie. Les mutilations. Les effets des armes chimiques, sur les gens, sur les nouveaux-nés.

Tu  comprends pourquoi ils insistent, les gens d’ici, pour que t’ailles voir ce musée. Ils veulent que tu saches. Que tu aies au moins entendu, vu, leur version, toi qui es bercé de culture US depuis que t’es petit. Histoire que tu ne trouves quand même pas trop ça normal. Que t’arrêtes de voir ça de loin, comme un truc qui ne te concerne pas vraiment, qui s’est passé y’a longtemps, t’étais même pas né, et qui n’était peut-être pas si grave que ça (quelque 7 millions de bombes larguées, soit plus du double de la guerre 40-45, et plus e 3 millions de morts, quand même, hein…)

Au dernier étage, une expo absolument magnifique de clichés de photographes de guerre achève de te montrer l’envers du décor, de manière plus sensible, pudique et esthétique.

Tu finis ton périple par la prison, les cellules où on balançait de la chaux sur les détenus, et les cages où l’on laissait mourir les prisonniers au soleil, et tu sors, le cœur au bord des lèvres.

Tu ne regarderas plus jamais les gens que tu croiseras dans les rues comme avant. Déjà, t’as envie de filer un billet à tout le monde, piètre essai de te déculpabiliser de ton appartenance à ce genre humain-là, celui qui déclenche des guerres.

Keep smiling

@mesphotosdefee

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Ce qu’il y y a de vraiment bien, dans ce pays, c’est que tout le monde sourit.

Ca te change de toutes ces fois où t’es entrée dans un commerce dans ton bled et que t’as lancé un sonore « bonjour » qui n’a rencontré qu’un silence méprisant auprès des autres clients présents…

Rien que pour ça, t’es contente d’être ici.

Lost in translation

Se perdre dans une ville est l’un de les exercices préférés.
Écouter, regarder, sentir, vibrer, laisser la ville me pénétrer me l’approprier…
Dès après une douche réparatrice, je me jette donc dans le trafic et erre. Un plan en poche, quand même, et une vague idée d’où je vais, vers la cathédrale.
Le ballet des vespas est sans aucun conteste ce qui définit le mieux Saigon. Ici, sous la moiteur des 30 degrés ambiants et alors que la mousson me fait le plaisir d’une trêve depuis mon arrivée, le climat est idéal pour les 2 roues. Je m’arrête un instant pour regarder défiler en tous sens les véhicules bigarrés et les acrobatiques montages de leurs passagers, qui peuvent être jusqu’à quatre.
Une odeur acre me prend à la gorge alors que j’arrive à l’ancienne poste. Fut-il séché, le poisson n’a rien perdu de sa puissance olfactive. Je fuis le marchand ambulant qui les exposé pour m’engager sur un boulevard.

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Les gens, lascifs est assis ou couchés sur tout ce qu’ils peuvent, essaient de résister à une chaleur moite qui aurait raison du cœur à l’ouvrage du plus volontaire de nos Flamands. Des gens, partout, d’échoppes de fortune posées à même le trottoir à d’improbables salles de jeux de dés en plein air. La vie est à l’extérieur.

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Je m’engage dans une rue parallèle à celle que je suivais, histoire de varier les plaisirs sur le chemin du retour.
Las, parallèle, elle ne l’est que fort peu… Au 3ème tournant qui m’emmène plus loin de ma destination, je me décidé à faire demi-tour.
Où me suis-je trompée, ce faisant, le nez sans doute trop en l’air à regarder les choses et les gens? Je ne le sais. Le crépuscule a tellement changé le visage de cette cité où je n’ai pas encore eu le temps de prendre mes marques… J’ai trop rêvé, trop photographié, trop empli mes yeux des mille et uns détails de ce que je croisais, pour avoir une vue d’ensemble, cartographique, pratique.
Je retourne donc sur mes pas, et… En fait, non.
Pourtant, je sens intuitivement que je tourne autour de l’hôtel.
Frustration.
J’aime pas trop beaucoup ça. J’aime bien quand je suis un peu plus moins perdue…
Je sors la carte du coin.
Je tournicote un peu, un type m’interpelle. Il refait le monde avec 3-4 potes, assis sur le bord du trottoir. Il le fait signe d’approcher en me parlant l’Etranger, je pige que dalle.
Je le regarde, l’air dubitatif. Il me fait signe d’approcher, en me parlant l’Etranger. Je pige que dalle.
J’obtempère, néanmoins.
Il me sort le smartphone appli lampe de poche, jette un coup d’œil à la carte. Je lui montre où je dois aller.
Il sourit et m’indique la rue d’en face. Effectivement, j’étais à coté. Je le remercie comme s’il l’avait sauvé la vie, tout le monde acquiesce et sourit. Sont vraiment trop gentils, ici!
Home sweet fucking hôtel. Je serai à peine en retard pour l’apéro!